Incroyable !

Quand on s’approche de l’équateur, les animaux font un boucan du tonnerre, à peu près à toute heure de la journée et de la nuit.

Et que je t’interpelle, et que tu me réponds, mais on ne me voit jamais, même celui qui s’acharne sous l’arbre à essayer de me repérer, tant pis pour ses cervicales ; à part bien sûr les corbeaux qui bavardent en se pavanant.

Et les oiseaux, et les insectes, et les écureuils qui font des cris d’oiseaux, et les oiseaux qui poussent des cris de singe de cinéma, et les singes qui... sans oublier les opiniâtres et infatigables chiens, coqs et, bien sûr, moustiques 

D’où cette impression unique et sauvage qui saisit le voyageur tempéré, particulièrement la nuit, d’intensité de vie, faite de joie, de violence et de douceur à la fois.

Au Kerala, à tout cela, alors qu’à Goa une pluie d’arrêtés a mis fin aux immenses fêtes nocturnes sur les plages et a rendu le port du casque bluetooth obligatoire pour les acharnés des raves, il faut ajouter le bipède, tout particulièrement le bipède religieux et/ou politique.

Il y en a partout, du chant, de la musique ; et sans arrêt ! 

Il faut dire que la densité de population du Kerala est voisine de celle de la Belgique. Que la traversée de cet Etat donne l’impression de visiter un immense village-rue (d’où une vitesse de déplacement assez constante de l’ordre de 30 km/h, routes à 4 voies comprises) doté d’une densité de ponts et de bacs digne d’une capitale, dans le delta de la Periyar.

Et que si les différents états parlent des langues incompréhensibles les unes pour les autres, ils partagent les mêmes religions et la même concurrence entre elles, chaudement attisée par les autorités tant politiques que religieuses, Cf. le post de Sophie d’il y a quelques jours.

Et aussi que la politique est l’objet d’un militantisme social que je ne crois pas que la France aie jamais connu, même dans les années 50, Cf. idem.

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Le flot de musique « démarre », en tout cas réveille le dormeur, environ une demi-heure avant le lever du jour, vers 5h30, par l’appel à la prière du muezzin local ; et s’arrête quand... le voyageur, bercé, se transforme en dormeur.

Nous sommes sur une île, au bord de la Periyar. En semaine, il est rare qu’on n’y entende aucune musique. Du vendredi midi au lundi matin, cela n’arrive pas, il y a en permanence entre une et disons quatre sources de musiques différentes’ dans un rayon de disons 3 km : sur l’île, tout près ou plus loin, sur la rive d’en face, au nord ou vers l’ouest, sur l’autre rive, de l’autre côté de l’île, vers le sud ou l’est. 

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Au muezzin déjà cité, il faut ajouter la musique des églises chrétiennes, nombreuses au Kerala et de toutes nuances, douce et désespérément stéréotypée, mais bien soutenue par une amplification sans doute, celle des temples hindous, dont la diversité est encore plus importante, très classique « musique indienne » pour le profane, au volume proportionnel à l’importance du temple, celle aussi des mosquées dont les imams doivent considérer qu’il n’y a pas de raison que les haut-parleurs ne servent qu’à appeler le fidèle, le plus souvent des mélopées captivantes, celle des fêtes politiques et des véhicules chargés de les annoncer, alternance de classique indien et de variétoche et, surtout le week-end, celle des fêtes, tout simplement. Plus les multiples et pluri-quotidiennes grappes de pétards !

Et c’est au poil, parce que comme les oiseaux de la forêt, on a parfois l’impression que tous ces chargés de comm s’organisent, tantôt pour se laisser la place et se succéder, tantôt pour s’imposer et pourrir les messages de l’autre à coup de haut-parleurs Bouyer (si !).

Et puis surtout parce qu’on prend une véritable cure de musique en plus de l’ayurveda.

Les chants sont souvent magnifiques, les instruments habituels tabla, sitar, flûte, cymbales aussi, la diversité des orchestrations des morceaux bollywoodiens est époustouflante, mais quand même battue par celle des « fusions » de musiques traditionnelles avec les autres, musiques asiatiques, jazz de toutes les époques,  variétoche de tous les pays (apparemment, le Malayalam, la langue d’ici, se prête à produire des chansons italiennes des années 90 plus vraies que les originales !)...

Un festin musical !

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